Je suis bien placé pour témoigner de l'impact sur la population des Etats Unis de l'attaque du World Trade Center le 11 septembre

L'article suivant est basé sur un discours tenu par l'auteur, qui est militant du Centre d’Action International EU, le 23 novembre 2001 lors d'une manifestation-débat (acto publico) à Madrid. (Traduction de l'américain: Jeanne Thévenot)

Je suis bien placé pour témoigner de l'impact sur la population des Etats Unis de l'attaque du World Trade Center le 11 septembre, et de la guerre menée par Washington contre l'Afghanistan qui l'a suivie. J'habite à New York, à un kilomètre de l'Empire State Building, à cinq kilomètres du "Ground Zero".

J'habite à 250 mètres du Morgan Post Center, un centre de tri postal qui a acheminé des lettres contaminées par la maladie du charbon.

Plus important, jusqu'au 11 septembre, je travaillais au 31ème étage de la Tour Numéro 1 du World Trade Center.

Etant des Etats-Unis et de New York, je crois que la meilleure contribution que je puisse faire à ce débat est de rendre compte de la manière dont vont les choses aux Etats-Unis à la fin de ce mois de novembre 2001. J'essaierai ici de répondre aux questions suivantes:

Quel a été l'impact du 11 septembre aux Etats-Unis? Comment a réagi la population américaine? Comment a réagi le gouvernement? Qu'a fait le mouvement pacifiste?

Ce matin-là j'étais en retard au travail. Je suis souvent en retard au travail. De la rue, j'ai vu les tours brûler. Je les ai vues s'écrouler.

La compagnie d'assurance pour laquelle je travaille occupait les étages 18 à 31. La quasi-totalité de mes 1915 collègues de bureau a réussi à s'enfuir. Onze sont morts. L'un d'entre eux était cloué sur son fauteuil roulant. Un autre est resté pour lui tenir compagnie et a péri avec lui.

A quoi ressemblent les gens qui travaillent au World Trade Center? A New York. Prenons comme exemple le service dans lequel je travaille. Il comprend douze personnes. Six sont des immigrés: trois femmes des Philippines, et trois hommes, un de Taiwan, un d'Ukraine, un du Bangladesh. Les immigrés représentent 30 à 40 pour cent de la population new-yorkaise.

L'homme d'origine chinoise était en train de regarder la Tour Numéro 1 depuis la rue quand le second avion s'est écrasé. Du béton, du verre, des débris d'avion et de corps pleuvaient de toutes parts. La femme à côté de lui a été tuée par une roue d'avion.

Deux femmes, une Portoricaine et une Afro-américaine, étaient secrétaires de notre service. Le onze septembre, l'une s'était portée malade. L'autre a échappé de justesse à la mort. Elle était claustrophobe. Sa claustrophobie l'a empêchée de prendre l'ascenseur. L'ascenseur s'est écrasé quand l'avion a percuté l'immeuble.

Cinq semaines après le onze septembre, ces deux secrétaires ont été licenciées, elles ont perdu leur emploi. L'attaque terroriste n'a pas été la cause de ces licenciements. Ces licenciements avaient été planifiés longtemps à l'avance pour réduire les coûts de production, pour augmenter les profits. Dans le même temps, les patrons nous ont dit, à nous qui restions, que nous devions travailler une demi-heure supplémentaire par jour, sans augmentation de salaire. Ces licenciements faisaient partie de la crise économique capitaliste. Deux des licenciements parmi les 500 000 qui ont eu lieu en octobre aux Etats-Unis.

Tout le monde à New York a vu les tours s'écraser, et vu les gens mourir. Beaucoup ont vu cela de leurs fenêtres ou de leur rue. Chacun aux Etats-Unis a vu ces images encore et encore les jours suivants à la télévision.

Ce genre d'horreur se produit partout dans le monde. La cause en est souvent les bombardements du Pentagone. Mais ça a été une expérience totalement nouvelle pour le peuple des Etats-Unis. Elle a produit un effet profond. Les gens ont eu peur. Ils se sont sentis impuissants. Ils ne comprenaient pas qu'ils avaient subi un "dommage collatéral", selon l'appellation euphémiste du Pentagone.

Des milliers de gens luttent pour reprendre le cours de leurs vies et se remettre du traumatisme des attaques atroces du 11 septembre. La douleur de la perte d'amis, de parents, de collègues, et simplement la sympathie générale pour toutes les victimes ont envahi l'esprit des gens. L'incertitude quant à l'avenir, le travail, et bien d'autres soucis tracassent les milliers de survivants.

Mais le World Trade Center n'est pas seulement un lieu où des milliers de gens travaillent. Les tours jumelles sont le symbole de la domination économique américaine sur le monde. Le Pentagone est le plus important symbole de l'agression militaire américaine. Réunis, ils sont le symbole de la classe dirigeante américaine.

Que quelqu'un puisse détruire les tours et endommager le Pentagone a été une humiliation pour les dirigeants américains. Cela remettait en question le mythe de l'invulnérabilité américaine. Cela entachait la réputation de la CIA et du FBI. Cela a révélé leurs faiblesses. Cela a accru les problèmes surgissant de la crise économique capitaliste.

Le gouvernement Bush a tout d'abord réagit à l'attaque avec une apparente confusion. Le président continuait à voler aux quatre coins du pays. Le vice-président Cheney se tenait caché. Il est parti dans un bunker.

Mais ils se sont vite repris. L'attaque était une gifle pour l'Oncle Sam. Mais elle ne lui avait cassé aucune dent. Effectivement, le 11 septembre a donné un avantage énorme au gouvernement et à l'armée américaine, et particulièrement à ses éléments les plus agressifs.

Pour la première fois depuis leur défaite face aux Vietnamiens en 1975, ils pouvaient prendre seuls des initiatives militaires risquées. Ils ont cru qu'ils pouvaient oser risquer des pertes militaires américaines. Cela mettrait fin au syndrome du Vietnam qui frustrait les généraux.

Alors que les travailleurs aux Etats-Unis étaient terrifiés par les attaques, ils ont été bombardés de discours guerriers 24 heures sur 24. Le gouvernement Bush était en train de prendre avantage de la douleur et du chagrin des gens pour donner naissance à un délire guerrier, fortifier les militaires au détriment du peuple, et menacer les libertés civiles en augmentant les pouvoirs policiers dans tous les domaines.

La classe dirigeante, ses médias, ses politiciens ont soutenu le gouvernement Bush.

Seule Barbara Lee, une Noire représentante du district qui inclut Oakland (Californie), se fendit d'un héroïque "non" au vote du Congrès. Le reste du Congrès vota la guerre.

Au cours des 56 ans passés, Washington a terrorisé et tué des millions d'hommes à Hiroshima, en Corée, au Vietnam, en Irak sous couvert de sanctions. Ils ont monté les escadrons de la mort qui tuent des centaines de milliers de personnes en Amérique Centrale. Les cieux ont lâché un déluge de terreur sur la Yougoslavie. Depuis le 7 octobre, la mort pleut en Afghanistan. Ils ont financé les terroristes anticommunistes qui ont bombardés les avions cubains.

Qui a donné aux dirigeants américains le droit de mener une campagne contre la "terreur"?

Cette campagne commence également chez nous. Depuis le 11 septembre le gouvernement américain a voté des lois qui permettent de détenir les immigrés sans procès. Quelques 1000-2000 personnes du Moyen-Orient et de l'Asie Centrale ont été détenues par la police et le FBI. Nombre d'entre elles sont encore en prison, et cela depuis des semaines. Le gouvernement parle de suspects torturés. Bush a justement demandé l'établissement de tribunaux militaires pour juger ces soi-disant terroristes.

Le racisme, qui est le produit inévitable d'une longue histoire de diabolisation des ressortissants du Moyen-Orient, fait surface sous forme d'émeutes, de fusillades, d'attaques sur les magasins et les mosquées dans tout le pays.

 Les hauts fonctionnaires à Washington et les fonctionnaires du gouvernement précédent considèrent l'attaque en Afghanistan comme la première étape d'une campagne militaire plus étendue. Ceux qui préparent le public à ce que le Pentagone pourrait faire par la suite parlent "d'avoir" l'Irak, le Soudan, et la Syrie.

Il existe même un groupe semi-secret "au gouvernement et en dehors" qui a un plan plus ambitieux. Ce groupe rassemble les anciens de la guerre froide. Paul Wolfowitz. Richard Perle. Donald Rumsfeld. Henry Kissinger. Ils ont pris précisément l'Irak pour cible.

Kissinger résume sa pensée sur la situation actuelle. Ce "peut être un moment-charnière", dit-il, comparable à "la défaite du communisme en Union Soviétique" en ceci qu'apparaît la perspective d'une "défaite du terrorisme au niveau mondial."

Pour Kissinger, comme pour ses collègues dans la hiérarchie capitaliste en place, les mots "terreur" et "anarchie" s'appliquent à toute force qui résiste à la domination du Pentagone, des entreprises multinationales et des banques américaines.

Une telle définition pourrait facilement être étendue à la lutte palestinienne contre l'occupation israélienne. Elle pourrait être étendue aux combattants de la libération en Colombie, qui essayent de débarrasser le pays d'un gouvernement réactionnaire qui approuve des escadrons de la mort. Cette définition pourrait être étendue au peuple de Porto Rico, s'il devait intensifier sa lutte visant à repousser l'armée américaine hors de Vieques ou à conquérir l'indépendance nationale. Cuba, la République Démocratique Populaire de Corée, la Syrie, l'Iran, l'Irak et la Libye sont également inclus dans cette liste officielle des "terroristes", et Bush a nommé la Somalie, le Soudan et le Yémen comme cibles potentielles.

Il existe maintenant une soi-disant "doctrine Bush". Bush a promis de poursuivre les prétendus terroristes dans le monde entier. Et d'attaquer les Etats qui selon lui soutiennent le terrorisme. Si vous n'êtes pas avec lui vous êtes contre lui.

Bush prétend combattre le terrorisme. Mais nous constatons que les cibles principales sont toutes des lieux où l'on trouve du pétrole, du gaz ou des oléoducs. La guerre "longue durée" telle que la conçoit Bush présente tout les traits d'une guerre impérialiste qui organiserait la division du monde et de ses réserves d'énergie, particulièrement celles situées au Moyen-Orient et en Asie Centrale. La participation britannique et allemande à cette guerre rend ce caractère prédateur encore plus évident.

Souvenons-nous que la Première Guerre Mondiale commença par le soi-disant assassinat terroriste contre l'archiduc d'Autriche. Mais en réalité il s'agissait d'une guerre impérialiste pour une redivision du monde.

Ici, pendant que toute la classe laborieuse prêtait attention aux attaques terroristes et aux menaces supposées d'une contamination à la maladie du charbon, le gouvernement Bush la détroussait. Il prenait l'argent de la sécurité sociale et le donnait aux riches entreprises. Il a donné de l'argent aux grandes compagnies aériennes. Il n'a pas aidé les employés des compagnies aériennes.

Les évènements du 11 septembre ont étourdi le mouvement progressiste aux Etats-Unis. Un nouveau et jeune mouvement a à peine commencé à se développer sur le plan mondial contre les pires aspects de la globalisation capitaliste. Il a combattu dans les rues, de Seattle à Gènes.

Avant les attaques, nous avions planifié à l'International Action Center une manifestation le 29 septembre à la Maison Blanche, dans le cadre des autres manifestations contre la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. Nous avons décidé de la transformer en une manifestation contre la guerre à venir. Nous avons formé une coalition nommée A.N.S.W.E.R. (Act Now to Stop War and End Racism).

Nombreux sont ceux qui nous ont conseillés de ne pas manifester. Mais nous voulions essayer. Nous ne pouvions pas seulement rester à parler et faire des analyses. Nous avions le sentiment de devoir combattre à découvert pour donner courage à ceux qui refusent la guerre mais restent timides.

Les gens portaient des drapeaux américains partout avec eux. Mais nous les avons trouvés ouverts à nos arguments. C'est un autre aspect de la peur. Chez beaucoup, elle a approfondi le désir d'apprendre ce que les Etats-Unis avait fait au monde pour provoquer une telle attaque. Cela a réveillé un fort sentiment pacifiste, surtout parmi les jeunes.

Nous avons été heureux de voir 20 000 personnes venir à Washington et à San Francisco ce jour-là pour manifester contre la guerre. Après les évènements en Afghanistan, ces jeunes voulaient continuer à combattre pour la paix et la justice. Ils croient encore en la possibilité d'un monde différent.

Et à l'intérieur des Etats-Unis, cela a eu l'impact que nous espérions. En l'espace d'une semaine, d'autres groupes du mouvement pour la paix ont organisé une autre manifestation de 10 000 personnes à New York.

Nous avons été également heureux de l'ampleur de la solidarité internationale qui a suivi notre appel: de la part de groupes pacifistes en Espagne, en Allemagne, en Inde, en Grèce, en Italie, et des manifestations ont eu lieu de la Grande-Bretagne à l'Afrique du Sud, du Japon à l'Argentine et au Chili.

Et nous continuons à combattre contre la guerre, et, surtout en ce moment, contre la détention injuste, illégale, et raciste de tant de gens du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud dans les prisons américaines.

Le gouvernement Bush affirme que les attaques provenaient du Moyen-Orient, à ce que l'on suppose d'Oussama Ben Laden et d'Al-Qaeda. Nous avons là-dessus aucune information particulière. Mais nous avons décidé d'essayer de répondre à Bush de manière politique.

Nous affirmons que le gouvernement Bush sait que si l'attaque venait du Moyen-Orient, c'est à cause de l'histoire des crimes de guerre horribles et massifs que l'armée américaine a perpétré sur des civils innocents dans cette région, soit directement ou indirectement au travers du gouvernement israélien. Bush, tous ses conseillers et tous les experts, même avec la connaissance la plus superficielle des agissements du gouvernement américain au Moyen-Orient savent que des centaines de milliers de civils arabes sont morts ces dernières décennies à cause de la politique américaine.

Nous devons demander le changement de cette politique.

Fin des sanctions contre l'Irak!

Stop au soutien à l'Etat d'Israël contre les Palestiniens!

Les Etats-Unis hors du Moyen-Orient!

Une dernière chose. Nous voulons exprimer notre profonde solidarité et sympathie au peuple afghan.

En 1978, ces gens ont fait une révolution merveilleuse. Cette révolution a combattu pour l'égalité des femmes. Son programme était de mettre fin au joug féodal pesant sur le pays. De permettre à tous l'accès à l'éducation. De distribuer la terre aux paysans. Et de faire de l'Afghanistan un pays moderne. Cela montrait combien de choses remarquables pouvait faire le peuple d'Afghanistan.

Dès le début ils ont eu un ennemi puissant. Cet ennemi était le gouvernement américain. La CIA.

Vous connaissez Zbigniew Brzezinski. C'était un grand idéologue de la guerre froide. Récemment il s'est vanté d'avoir réussi à convaincre le président américain Jimmy Carter d'attaquer la révolution afghane, six mois avant que les troupes soviétiques n'y arrivent. Washington a mobilisé toutes les forces les plus réactionnaires d'Afghanistan. Les forces les plus arriérées. Ceux-là même qui éxécraient les droits de la femme. Ceux qui défendaient les seigneurs du pays.

Les banques américaines et les rois d'Arabie Saoudite leur ont donné tout l'argent dont ils avaient besoin. La CIA et les militaires pakistanais les ont entraînés à l'usage des armes les plus modernes. Celles qu'on épaule et qui lâchent des missiles dards sur les hélicoptères, par exemple.

Et qui plus est, ils ont fait intervenir des réactionnaires venus de tout le Moyen-Orient. Ceux-là même que l'impérialisme américain décrit maintenant comme le pire fléau mondial. Le Pentagone les traque maintenant comme des bêtes.

Brzezinski est fier de sa politique. Il a dit que tout ça était pire que les problèmes actuels, parce que Washington utilisait les réactionnaires afghans pour contribuer à la défaite du premier état socialiste, l'Union Soviétique.

En Afghanistan la "guerre froide" a été chaude. Ça a été une guerre civile sanglante. Elle a duré 23 ans et détruit le pays.

Un chiffre suffit pour montrer le caractère désespéré de la situation en Afghanistan. De 1000 enfants nés en Afghanistan, 247 mourront avant d'atteindre leur cinquième année. Et ceci avant les bombardements américains. Voici comment Brzezinski et ses chefs les ont récompensés d'avoir été d'utiles outils durant la guerre froide.

Et maintenant le Pentagone et son cadet britannique ont bombardé l'Afghanistan pendant sept semaines. Ils ont bombardé des hôpitaux et des maisons. Ils ont bombardé des centres de la Croix Rouge. Ils ont bombardé les studios de télévision d'Al-Jazeera à Kaboul, exactement comme ils ont bombardé la télévision serbe à Belgrade en 1999. Ils occupent l'Afghanistan. Ils utilisent nombre des mêmes réactionnaires, des mêmes misogynes, contre les Talibans.

Cette crise a fait ressortir la nature guerrière du capitalisme américain à l'étranger, et sa cruauté chez nous. Le peuple veut et a besoin de la paix. La paix peut être gagnée seulement si les forces américaines quittent le Moyen-Orient.

John Catalinotto


 John Catalinotto ist Mitarbeiter des New Yorker International Action Center (www.iacenter.org). Der Artikel basiert auf einer Rede, die der Autor am 23. November auf einer Informationsveranstaltung in Madrid gehalten hat. Die Übersetzung aus dem Amerikanischen besorgte Oliver Wagner.

Meine Position erlaubt mir, die Auswirkungen, die der Anschlag auf das World Trade Center auf die Bevölkerung der USA hat und den nachfolgenden Krieg, den Washington gegen Afghanistan führt, zu charakterisieren. Ich lebe in New York; einen Kilometer vom Empire State Building und fünf Kilometer von Ground Zero entfernt. Nur 250 Meter von meinem Haus entfernt befindet sich das Morgan Post Center – eine Postverteilungsstation, durch die Briefe mit Anthrax gingen. Aber vor allem arbeitete ich bis zum 11. September im 32. Stock des ersten Turmes des World Trade Centers.

Da ich aus den Vereinigten Staaten und aus New York komme, glaube ich, daß ich mit einem Bericht darüber, wie die Dinge in den Vereinigten Staaten Ende November 2001 liegen, am meisten zu dieser Diskussion beitragen kann. Ich werde daher versuchen, die folgenden Fragen zu beantworten: Welche Konsequenzen hat der 11. September für die Vereinigten Staaten? Wie hat die Bevölkerung der USA reagiert? Wie hat die US-Regierung reagiert? Was hat die Friedensbewegung unternommen?

An diesem Morgen kam ich, wie so oft, spät zur Arbeit. Schon von der Straße aus sah ich die brennenden Türme; sah, wie sie in sich zusammenbrachen. Die Büros der Krankenversicherung für die ich arbeite befanden sich auf den Etagen 18 bis 31. Fast alle meiner 1.915 Kollegen konnten entkommen. Elf kamen um. Einer war in seinem Rollstuhl gefangen. Ein anderer wollte ihn nicht alleine lassen und starb mit ihm.

Was waren das für Leute, die im World Trade Center gearbeitet haben? Es war wie überall in New York. Nehmen wir zum Beispiel meine Arbeitsgruppe. Sie besteht aus zwölf Personen. Sechs von ihnen sind Immigranten; drei Frauen von den Philippinen; drei Männer, der eine kommt aus Taiwan, einer aus der Ukraine, einer aus Bangladesch. 30 bis 40 Prozent der New Yorker Bevölkerung sind Immigranten. Mein chinesischer Kollege aus Taiwan beobachtete gerade von der Straße aus den ersten Turm, als das zweite Flugzeug einschlug. Beton, Glas, Flugzeugteile und Leichen regneten auf ihn und die anderen herab. Die Frau, die neben ihm stand, wurde von einem Flugzeugrad erschlagen. Zwei Frauen, die eine Puerto Ricanerin, die andere Afroamerikanerin, waren die Sekretärinnen meiner Arbeitsgruppe. Die eine war am 11. September krank und blieb zuhause. Die andere entging dem Tod nur knapp. Sie litt an Klaustrophobie. Die Klaustrophobie hielt sie davon ab, einen überfüllten Aufzug zu betreten. Der Aufzug stürzte ab, als das Flugzeug einschlug.

Fünf Wochen nach dem 11. September verloren beide Sekretärinnen ihren Job. Diese Entlassungen haben nichts mit dem terroristischen Anschlag zu tun. Sie waren lange vor dem 11. September geplant, um Arbeitskosten zu senken und so die Profite zu steigern. Gleichzeitig verlangten die Bosse von uns verbleibenden Arbeitern, eine halbe Stunde pro Tag länger zu arbeiten – ohne Bezahlung. Die ökonomische Krise des Kapitalismus hat zu den Entlassungen geführt. Insgesamt wurden in den USA alleine im Oktober 500.000 Arbeiter entlassen.

Jeder in New York sah, wie die Türme in sich zusammenbrachen, sah, wie die Menschen starben. Viele sahen es direkt von der Straße, andere von ihrem Fenster aus. Jeder in den USA sah die Bilder tagelang immer wieder im Fernsehen. Schreckliche Dinge wie diese passieren auf der ganzen Welt. Oft werden sie durch Bomben des Pentagon verursacht. Aber für die Menschen in den USA war dies eine vollkommen neue Erfahrung. Sie waren tief getroffen. Sie waren verängstigt; fühlten sich hilflos. Sie verstanden nicht, warum sie plötzlich zu »Kollateralschäden« wurden, wie das Pentagon sonst euphemistisch zu sagen pflegt.

Tausende versuchen jetzt, ihr Leben wieder in den Griff zu bekommen und das Trauma der schrecklichen Anschläge vom 11. September zu überwinden. Der Schmerz über verlorene Freunde oder Angehörige, Kollegen oder einfach nur ein allgemeines Mitgefühl pervertiert den Geist der Menschen. Ungewissheit über die Zukunft, über die Arbeitsstelle und andere Sorgen lasten auf Tausenden Überlebenden. Aber das World Trade Center war nicht nur ein Ort wo Zehntausende ihrer Arbeit nachgingen. Die Zwillingstürme waren das Symbol der amerikanischen Weltherrschaft auf ökonomischem Gebiet. Das Pentagon ist das wichtigste Symbol der militärischen Aggression der USA. Zusammen symbolisieren sie die Macht der herrschenden Klasse in den USA. Das es jemand geschafft hat, die Türme des World Trade Center zu zerstören und das Pentagon zu beschädigen, hat die Herrschenden in den USA gedemütigt. Der Mythos der Unverwundbarkeit wurde zerstört. Das Ansehen von CIA und FBI wurde beschädigt. Ihr Schwäche wurde bloßgestellt. Die von der kapitalistischen Krise herrührenden Probleme wurden verstärkt.

Die Bush-Regierung reagierte zuerst sichtlich verwirrt. Der Präsident flog ständig durch das Land. Vizepräsident Cheney ging in Deckung. Er verzog sich in einen Bunker. Aber sie faßten sich schnell. Der Anschlag war ein Schlag ins Gesicht von Uncle Sam. Aber kein einziger Zahn ging dabei zu Bruch. Tatsächlich verschaffte der 11. September der US-Regierung und dem amerikanischen Militär – insbesondere den am meisten aggressiven Elementen – einen enormen politischen Vorteil. Zum ersten Mal seit 1975, als sie in einem Volkskrieg in Vietnam geschlagen wurden, trauen sie sich wieder, riskante militärische Schritte zu unternehmen. Sie glauben, jetzt wieder militärische Opfer auf Seiten der USA in Kauf nehmen zu können. Dies würde das Vietnam-Syndrom beenden, das die Generäle so frustriert hat. Die durch die Anschläge verängstigten Arbeiter in den USA werden zusätzlich 24 Stunden am Tag mit Kriegspropaganda bombardiert. Die Bush-Regierung benutzt die Ängste und Sorgen der Menschen, um eine Kriegshysterie zu erzeugen. Das Militär wird auf Kosten der Bevölkerung verstärkt, die Bürgerrechte geraten durch die flächendeckende Aufrüstung der Polizei in Gefahr.

Die gesamte herrschende Klasse, ihre Politiker und ihre Medien, unterstützen die Bush-Regierung. Nur Barbara Lee, eine schwarze Frau aus Oakland in Kalifornien, stimmte im Kongreß heldenhaft mit »Nein«. Alle anderen Kongreßmitglieder unterstützen den Krieg.

In den vergangenen 56 Jahren terrorisierte und ermordete Washington Millionen Menschen in Hiroshima, in Korea, in Vietnam und – mittels Sanktionen – im Irak. Washington unterstützte Todesschwadrone, die in Mittelamerika Hunderttausende ermordeten. Es ließ Bomben auf Jugoslawien regnen. Seit dem 7. Oktober bringt es Tod über Afghanistan. Washington hat antikommunistische Terroristen finanziert, die kubanische Flugzeuge vom Himmel bombten. Wer also gibt den Herrschenden in den USA das Recht, eine »Anti-Terror-Kampagne« zu führen?

Diese Kampagne findet auch zuhause statt. Seit dem 11. September hat die US-Regierung mehrere Gesetze verabschiedet, die es erlauben, Immigranten ohne Gerichtsverfahren zu inhaftieren. Etwa 1.000 bis 2.000 Menschen aus dem Mittleren Osten und Zentralasien wurden von Polizei und FBI eingesperrt. Viele sind seit Wochen inhaftiert. Die Regierung spricht davon, Verdächtige zu foltern. Bush hat sogar vorgeschlagen, Militärgerichte einzurichten, um sogenannte Terroristen zu verurteilen. Der Rassismus, das unvermeidliche Produkt ihrer langjährigen Dämonisierung von Menschen aus dem Mittleren Osten, entlud sich in Übergriffen, Morden und Anschlägen auf Geschäfte und Moscheen im ganzen Land.

Hohe Offizielle in Washington und ehemalige Regierungsmitglieder sehen den Angriff auf Afghanistan als ersten Schritt einer viel breiteren Militärkampagne. Diejenigen, die die Öffentlichkeit auf das vorbereiten, was Washington tun will, sprechen von Irak, Sudan und Syrien. Außerdem gibt es eine halboffizielle Gruppe in Washington – innerhalb und außerhalb der Regierung – die einen noch ambitionierteren Plan verfolgt. Ihr gehören die alten Kalten Krieger an. Paul Wolfowitz. Richard Perle. Donald Rumsfeld. Henry Kissinger. Sie haben es vor allem auf Irak abgesehen. Kissinger faßte seine Gedanken zur gegenwärtigen Lage wie folgt zusammen. Dies »könnte ein Wendepunkt sein«, sagte er, vergleichbar mit der »Niederlage des Kommunismus in der Sowjetunion«, der die Möglichkeit eröffnet, »den Terrorismus weltweit zu besiegen«.

Für Kissinger und seine Kollegen aus der Hierarchie der kapitalistischen Regierung, sind alle Kräfte »terroristisch«, die sich der Dominanz der US-amerikanischen Multis und Banken sowie dem Pentagon entgegenstellen. Eine solche Definition ließe sich leicht auch auf den palästinensischen Kampf gegen die israelische Besatzung ausdehnen. Oder auf die Freiheitskämpfer in Kolumbien, die versuchen, das Volk von einer reaktionären Regierung zu befreien, die Todesschwadrone unterstützt. Oder auf das Volk von Puerto Rico, sollte es seinen Kampf gegen das US-Militär in Vieques verstärken oder versuchen die nationale Unabhängigkeit zu erreichen. Kuba, die Koreanische Demokratische Volksrepublik, Syrien, Iran, Irak und Libyen befinden sich ebenfalls auf der offiziellen »Terrorismus«-Liste der US-Regierung und Bush nannte Somalia, Sudan und Jemen als zusätzliche Angriffsziele.

Wir haben es jetzt mit der sogenannten Bush-Doktrin zu tun. Bush hat angekündigt, sogenannte Terroristen auf der ganzen Welt zu jagen und Länder anzugreifen, die er beschuldigt, Terroristen zu unterstützen. Wer nicht für ihn ist, ist gegen ihn. Bush behauptet, den Terrorismus zu bekämpfen. Aber wir stellen fest, daß die Hauptangriffsziele allesamt in Gegenden liegen, in denen es Öl, Gas oder Ölpipelines gibt. Bushs »langfristiger« Krieg beinhaltet alle Merkmale eines imperialistischen Krieges um die Neuaufteilung der Welt und ihrer Energiereserven – vor allem im Mittleren Osten und in Zentralasien. Die Beteiligung Großbritanniens und Deutschlands macht den räuberischen Charakter des Krieges noch deutlicher. Es sei daran erinnert, daß der Erste Weltkrieg mit der sogenannten terroristischen Ermordung des österreichischen Erzherzogs begann. Aber in Wirklichkeit war dies ein imperialistischer Krieg um die Neuaufteilung der Welt.

Als die gesamte Arbeiterklasse in den USA mit den terroristischen Anschlägen und der mutmaßlichen Bedrohung durch Anthrax beschäftigt war, wurde sie von der Bush-Regierung beraubt. Die Sozialfürsorge wurde zugunsten der reichen Konzerne abgebaut. Die großen Fluggesellschaften erhielten viel Geld. Die Beschäftigten der Fluggesellschaften hatten nichts davon.

Die Ereignisse des 11. September betäubten die fortschrittlichen Kräfte in den Vereinigten Staaten. Gerade war eine weltweite, eine neue, junge Bewegung gegen die schlimmsten Folgen der kapitalistischen Globalisierung am entstehen, die in den Straßen von Seattle bis Genua kämpfte. Wir vom International Action Center haben vor den Anschlägen eine Demonstration im Rahmen der Proteste gegen die Weltbank und den Internationalen Währungsfonds organisiert, die am 29. September vor dem Weißen Haus in Washington stattfinden sollte. Wir haben dann beschlossen, daraus eine Demonstration gegen den kommenden Krieg zu machen. Dazu gründeten wir ein Bündnis, das wir ANSWER nannten (»Act Now to Stop War and End Racism« – »Handle jetzt um den Krieg zu stoppen und mit dem Rassismus Schluß zu machen«). Viele haben uns damals gesagt, wir sollten besser nicht demonstrieren. Aber wir wollten es versuchen. Wir konnten uns doch nicht darauf beschränken, die Ereignisse nur zu diskutieren und zu analysieren. Wir wollten öffentlich gegen den Krieg kämpfen. Damit wollten wir diejenigen, die gegen den Krieg sind, sich aber einschüchtern ließen, ermutigen.

Überall standen Leute mit US-Flaggen. Aber sie waren offen für unsere Argumente. Die Angst verstärkte bei vielen das Bedürfnis, mehr über das zu erfahren, was die USA der Welt angetan haben und was einen solchen Angriff provozieren konnte. Besonders bei jungen Leuten erwachte ein starkes pazifistisches Gefühl. Wir waren froh, das an diesem Tag 20.000 Menschen nach Washington und San Francisco kamen, um gegen den Krieg zu protestieren. Vor allem junge Menschen kamen zu den Demonstrationen. Auch nach dem was in Afghanistan passiert ist, wollen diese jungen Leute weiter für Frieden und Gerechtigkeit kämpfen. Sie glauben noch immer, daß eine andere Welt möglich ist. Die Demonstrationen haben in den USA noch etwas bewirkt. Wie wir gehofft hatten, organisierten andere Teile der Friedensbewegung innerhalb einer Woche eine weitere Demonstration in New York City, an der sich 10.000 Leute beteiligten.

Wir haben uns auch sehr über die internationale Solidarität gefreut, die unserem Aufruf von Kriegsgegnern in Spanien, Deutschland, Indien, Griechenland und Italien entgegengebracht wurde. Am 29. September fanden von Großbritannien bis Südafrika und von Japan bis nach Argentinien und Chile Aktionen gegen den Krieg statt. Wir werden unseren Kampf gegen den Krieg fortsetzen und gerade jetzt gegen die illegale und rassistische Inhaftierung so vieler Menschen aus dem Mittleren Osten und Südasien kämpfen, die derzeit in den Vereinigten Staaten in Gefängnisse gesperrt werden.

Die Bush-Regierung behauptet, die Anschläge kämen aus dem Mittleren Osten, vermutlich von Usama Bin Laden und Al Quaida. Wir haben hierzu keine näheren Informationen. Aber wir haben beschlossen, Bush politisch zu antworten. Wir sagen, wenn der Anschlag aus dem Mittleren Osten kommt, dann wegen der Geschichte des US-Militärs, das schreckliche schwere Kriegsverbrechen gegen unschuldige Zivilisten in der gesamten Region begangen hat – direkt und indirekt mit Hilfe der israelischen Regierung. Bush, alle seine Berater und alle seine Experten, auch die mit nur oberflächlichen Kenntnissen von den Untaten der US-Regierung im Mittleren Osten, wissen, daß Hunderttausende arabischer Zivilisten in den vergangenen Jahrzehnten der Politik der US-Regierung zum Opfer gefallen sind. Wir müssen eine Änderung dieser Politik verlangen. Schluß mit den Sanktionen gegen Irak! Schluß mit der Unterstützung des israelischen Staates gegen die Palästinenser. USA raus aus dem Mittleren Osten!

Noch etwas. Wir wollen dem afghanischen Volk unsere tiefe Solidarität und Anteilnahme versichern. 1978 haben die Afghanen eine wunderschöne Revolution gemacht. Diese Revolution erkämpfte gleiche Rechte für die Frauen, kämpfte für das Ende der feudalistischen Herrschaft auf dem Land; für Bildung für alle Menschen; für die Verteilung des Landes unter den Bauern. Afghanistan sollte zu einem modernen Land entwickelt werden. Die Revolution hat gezeigt, was für wundervolle Dinge die Menschen von Afghanistan tun können. Aber diese Revolution hatte von Anfang an einen mächtigen Feind – die US-Regierung; den CIA. Zbigniew Brzezinski ist bekannt. Er war einer der wichtigsten Ideologen des Kalten Krieges. Kürzlich prahlte er damit, US-Präsident Jimmy Carter davon überzeugt zu haben, die afghanische Revolution anzugreifen; sechs Monate bevor die sowjetischen Truppen kamen. Washington mobilisierte die am meisten reaktionären Kräfte Afghanistans. Die Kräfte, die am meiste rückwärtsgewandt waren. Diejenigen, die Frauenrechte haßten. Diejenigen, die die Grundbesitzer auf dem Land verteidigten. Banker aus den USA und die Könige Saudi Arabiens gaben ihnen soviel Geld wie sie brauchten. Der CIA und die pakistanischen Militaristen bildeten sie an den modernsten Waffen aus. Beispielhaft sei die Stinger-Rakete genannt, die man von der Schulter aus abfeuert, um Hubschrauber abzuschießen.

Sie brachten sogar Reaktionäre aus dem ganzen Mittleren Osten ins Land. Das waren die selben, die jetzt vom US-Imperialismus als der Hauptfeind in der Welt bezeichnet werden. Jetzt werden sie vom Pentagon wie wilde Tiere gejagt.

Brzezinski ist noch immer stolz auf seine Politik. Er sagt, die heutigen Probleme seien es allemal wert, da Washington die afghanischen Reaktionäre benutzte, um den ersten sozialistischen Staat, die Sowjetunion, niederzuringen. In Afghanistan wurde der »Kalte Krieg« heiß. Dort fand ein blutiger Bürgerkrieg statt. Er dauerte 23 Jahre und zerstörte das Land. Eine Ziffer reicht aus, um aufzuzeigen, wie verzweifelt die Situation war. Von 1.000 in Afghanistan geborenen Kindern sterben 247, bevor sie fünf Jahre alt werden. Und das war vor den Bombardements der USA. So werden diese Menschen von Brzezinski und seinen Auftraggebern dafür belohnt, daß sie ihnen im Kalten Krieg ein nützliches Werkzeug waren.

Seit sieben Wochen bombardieren das Pentagon und seine Juniorpartner in Großbritannien Afghanistan. Sie haben Krankenhäuser und Wohnhäuser bombardiert. Sie haben Rot-Kreuz-Stationen bombardiert. Sie bombardierten die Fernsehstudios von Al Jazira in Kabul, genau wie sie 1999 das Serbische Fernsehen in Belgrad bombardiert haben. Sie sind im Begriff, Afghanistan zu besetzen. Dabei benutzen sie wieder die selben Reaktionäre und Frauenhasser, jetzt gegen die Taliban.

Die gegenwärtige Krise macht die kriegerische Natur des US-Kapitalismus nach außen und seine Grausamkeit nach innen deutlich. Die Menschen wollen und brauchen Frieden. Der Frieden kann aber nur gewonnen werden, wenn die USA ihre Streitkräfte aus dem Mittleren Osten abziehen.

Von John Catalinotto

 

Share this page with a friend

International Action Center
39 West 14th Street, Room 206
New York, NY 10011

email: mailto:iacenter@action-mail.org
En Espanol: iac-cai@action-mail.org
Web: http://www.iacenter.org
Support Mumia Abu-Jamal:
http://www.millions4mumia.org/
phone: 212 633-6646
fax: 212 633-2889

Make
a donation to the IAC and its projects

 

The International Action Center
Home     ActionAlerts    Press